- Comme Marchent les Ombres -

Léa Silhol - nouvelle - 2002

Dernière édition disponible in Musiques de la Frontière, 2004



" A présent je me tiens ici, à Frontier, dans les rues coruscantes, au coeur du joyau gris de son immensité. Comme une main posée sur une main, ou une fenêtre ouverte sur une fenêtre, je vois l'autre monde, le vrai, si tant est que Frontier soit vraie. Nos doigts se croisent, mais pas nos regards. Et la paix a un goût si vaste qu'il faut pour le contenir avoir des bouches de fleuves, et des esprits inliés."




Incontestablement une des nouvelles les plus fortes de Léa Silhol. "Comme Marchent les Ombres" est un texte d'une époustouflante beauté, tirant à son paroxysme une émotion à fleur de ligne. Quatrième texte composé dans le cadre de "Frontier", celui-ci est aussi le premier à offrir réellement un aperçu en profondeur de la cité.

Dans "Runaway Train" (publiée en 2000), on apercevait celle-ci comme une légende, une destination, l'espoir d'une jeune fille pour protéger son frère changeling des Centres où souhaitent l'envoyer leurs parents. On ne voyait cependant pas la ville à proprement parler, bien que le texte donne des indications sur sa probable localisation. "Il ne neige pas à Frontier" (2000) évoquait l'histoire de la ville mythique, sa fondation plus que mystérieuse, et donnait quelques descriptions de lieux et de hauts personnages de son présent et de son passé. "Arcane I/ Le Magicien" (2002) se focalisait enfin sur l'identité fay à proprement parler, par la description de l'un des Premiers et une esquisse brutale des réactions extrêmes suscitées par l'altérité propre aux fay.

"Comme Marchent les Ombres" invite enfin à voir cette ville fabuleuse, mirage et sortilège, objet de quête et de fantasme, qui a cristalisé autour d'elle (et des textes l'évoquant) un amour extrême de la part des lecteurs, et ce dès la publication de "Runaway Train". Mais en plus de l'émotion qui aurait pu être suscitée seule par cette entrée dans la ville-refuge, Léa Silhol a choisi de l'évoquer par le biais quasi-initiatique d'une promenade entre deux mondes, celui des vivants et celui des morts, traversés simultanément par Shade, le Régent de Frontier. Et nous marchons donc entre ces deux mondes dans son sillage, emportés par le récit d'un des réfugiés de Frontier, mort avant d'avoir pu atteindre la cité.

Comme toujours lorsqu'elle aborde le sujet de la perte ou de la mort, le ton de Léa Silhol est ici d'une vérité à couper le souffle, et le texte suspend celui du lecteur au cours de cette marche où se percutent et s'entrecroisent les images nocturnes d'une vie foisonnante et d'un silence de sépulcre : les deux faces de Frontier.



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