- Lithophanie -
[Rouge]

Léa Silhol - nouvelle - 2001

Dernière édition disponible in Khimaira#12



" La robe était affreuse. Coupée pour ne pas m'aller. Je la poussai sous le lit d'un coup de pied. La colère, froide et blanche comme un reflet sur de l'acier, me possédait tout entière. Sur le lit, s'étalait une seconde robe, envoyée de la main du roi. Et celle-ci était rouge. Je l'ai longtemps considérée en silence, l'élevant dans la lumière. Jamais je n'avais porté une telle couleur. Une couleur vivante, comme un sang de rossignol fraîchement répandu. Je l'ai passée sur moi."




Parmi les textes sombres de Léa Silhol, on touche ici probablement à l'un des plus noirs qu'elle ait écrit, et particulièrement pendant l'année 2001. Lithophanie est une nouvelle superbe, enfermant le lecteur à mesure qu'elle se déroule dans une impression croissante de claustration, de piège. Se déroulant intégralement entre les murs d'une citadelle médiévale, véritable labyrinthe sans issue, elle est racontée par la voix de Luned, une jeune fille de seize ans enfermée dans ses murs, entre le roi son père, veuf d'un premier mariage dont elle est née, et une marâtre à la glaciale et indifférente méchanceté. Quelques rares personnages secondaires, vagues esquisses sans nom et sans visage de conseillers et de suivantes, d'Intendant et de Nourrice, sont quasiment les seuls intervenants humains de ce décor oppressant.

Comme une lumière vive dans la grisaille du lieu, vient en ce lieu austère un artisan d'Isenne, Ebben, commandité pour réaliser un portrait de la jeune fille pour son anniversaire. Avec son arrivée, c'est l'accession à l'âge adulte de Luned qui est racontée, qui la transforme sitôt devenue femme, en proie dans un univers de prédation.

Une fois encore, l'authenticité des réactions des différents personnages du texte le rend d'autant plus efficace, et à mesure que les murs du château, mâchoires froides, semblent se refermer autour de Luned, l'intensité de ses émotions se fait de plus en plus terrassante, plongeant le lecteur dans un crescendo de pure angoisse.

C'est aussi le texte dans lequel on découvre pour la première fois la cité d'Isenne, entrevue comme la plus magnifique des visions qui puisse être imaginée, pour une personne vivant enclose entre les hauts murs d'une citadelle-prison. Dans une terre étrangère, une cité d'artisans parmi lesquels les fabriquants des plus beaux vitraux du monde, une ville d'art et de feux de forge, de traditions et de noblesse. Un éclat de Renaissance qui viendrait percuter l'austérité d'un Moyen-Âge grisaillant.

Après avoir aperçu Isenne par ce qu'en a apporté Ebben dans la vie de Luned, on y entrera réellement à la fin de cette même année 2001, sur les pas d'Estel, dans la nouvelle "Là où Changent les Formes."



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