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"Et l'ancienne prit la parole, se levant à son tour du parterre de mousse de la berge :
- Même toi, tu le sais, dois faire face à ton destin, de temps en temps. Il y a sept cent ans nous sommes venues à toi dans l'ombre des bois, et nous avons prophétisé ta splendeur et tes chutes. L'obscurcissement du monde pour ton peuple, le lent glissement vers l'oubli. Et l'une de nous a promis que dans cette nuit sans fin tu serais leur lumière, lampe lunaire, feu noir, amour absolu. Sept cent ans ont passé, le cycle se mord la queue, et il nous faut fixer ton avenir une nouvelle fois.
Finstern eut un geste désinvolte de sa main gantée de noir, mais son regard était grave malgré la lame dégainée de son sourire. Et la plus jeûne, se rappelant comme cette lame l'avait blessée, eut un frisson.
- Les êtres tels que moi n'ont pas d'avenir, juste des absences. Tout s'incline devant la souveraineté de mon destin final, même vous, femmes de la fatalité. Mon destin ultime, qui est de ne jamais m'élever ou déchoir, de n'avoir d'autre choix que la dissolution, de ne pouvoir jamais être le démon ni l'ange. Le Ciel m'est fermé, l'Enfer j'ai refusé avec légèreté ; ne me reste que la voie du néant. Quel destin pouvez-vous m'apporter de plus, sous les arbres de cette terre ? Ne suis-je pas immuable, comme toute chose dont la cause a été entendue avant qu'elle ne soit née ?
- Ah mais tu l'as dit toi-même, toi qui as pourtant fait le choix de ne pas choisir, il te reste le temps que tu passeras sous les arbres de cette terre, que ce soit en ton propre fief ou dans l'univers des mortels. Et pour marcher sur cette terre il te faut un destin.
- Soit, s'il le faut, je m'incline pour vous complaire, je ne crains ni les dieux ni leurs oracles, moi qui ai chanté dans les cieux avant les premiers jours de ce monde.
Et la plus jeune des soeurs sourit, songeant que l'orgueil avait toujours été le péché de prédilection des races vouées à la chute, et la couleur héraldique de leurs princes. Elle s'avança donc, et tira une longue aiguille d'argent de sa ceinture. S'en piquant le doigt, les yeux rétrécis, elle commença doucement :
- Je suis la plus jeune, la naissance et le début, il convient donc que je commence cet oracle, et voici la promesse que te fait le destin par ma bouche, Obscur : tu es ta cité, ta cité est toi ; tu crois que ton peuple ne vit que par toi, tu ne vis que par lui. Par trois fois les tiens te renieront, une fois pour abattre ton front, une fois pour désarmer ton bras, une fois pour souffler sur tes cendres. Voici ma promesse : la ruine, et rien de plus. "
Lorsque La Sève et le Givre a été publié, à la fin de l'année 2002, on peut dire sans mentir que ce roman a créé un événement. Très attendu aussi bien par la critique que par les lecteurs qui avait découvert Léa Silhol avec le recueil des Contes de la Tisseuse, il présentait entre autres choses l'originalité de son univers de Fantasy et la beauté de son style littéraire appliqués à l'échelle d'un roman.
La Sève et le Givre est au départ l'histoire d'une prophétie ; comment les Parques annoncent sa ruine au Seigneur de Féerie Finstern, le Prince le plus sombre des cours féeriques.
Et comment des trames de cette prophétie vont surgir des événements propres à bouleverser l'équilibre entier du monde, à travers les actes du personnage d'Angharad, fée d'Hiver promise à Finstern, pour sa rédemption... ou pour sa Chute ?
Au-delà de ce point d'origine, on trouvera le portrait d'un monde où Féerie et mortalité se côtoient comme des voisins antagonistes et indivisibles à la fois, où sont évoqués le Ciel et ses anges, où le folklore écossais (notamment) croise les mythes,
dans une combinaison fascinante entre les éléments empruntés et leur insertion dans un univers qui reste par ailleurs entièrement nouveau et surprenant.
Le roman se termine d'ailleurs par un lexique, qui présente distinctement les emprunts des inventions propres à l'auteure.
Fidèle à ce principe qu'elle a toujours défendu, selon lequel le style d'un ouvrage doit servir son propos, Léa Silhol fait narrer son histoire par un barde, dans un style proche de la chanson de geste, sans pour autant entrer dans les pastiches pseudo-arthuriens qui fleurissent parfois dans le domaine de la Fantasy.
La Sève et le Givre offrira à ses lecteurs une expérience inédite dans la littérature de Fantasy. C'est un livre qui peut avec bonheur se relire plusieurs fois, et d'autant plus qu'il possède plusieurs niveaux de lecture. On se régalera aussi bien au plaisir de découvrir une histoire aux personnages fascinants, qu'à celui de plonger dans les trames symboliques qui sous-tendent l'histoire.
Il est toujours impressionnant de noter le nombre de personnes à ce jour qui citent cet ouvrage comme un de leurs livres de chevet :)
A noter enfin que la suite de La Sève et le Givre a été publiée en avril 2007 : La Glace et la Nuit I / Nigredo.
A consulter : la fiche consacrée sur ce roman sur le site officiel de Léa Silhol, avec notamment le détail des différentes éditions et publications de ce roman.
Commentaires de presse (extraits)
(Voir aussi : Revue de Presse)
Elégant et élégiaque. Deux épithètes pour le premier roman de Léa Silhol, auteure de nouvelles et éditrice avec sa belle maison l'Oxymore. Une écriture raffinée pour un chant romantique, nostalgique. La Sève et le Givre, c'est une chanson de geste, un long poème à la Chrétien de Troyes, une incursion sophistiquée en Féerie.
Le Soir - Bruxelles - 8 août 2003
[...] magnifique roman, cruel et sauvage à la fois. [...]
La Sève et le Givre est un roman riche et profond. Ici le Royaume des Fées est complexe, immatériel et sans artifices. Jusqu'au bout vous serez emportés dans un monde merveilleux et pourtant dangereux.
Talismag n°2
[...] Léa Silhol est également une écrivaine de talent. Après Contes de la Tisseuse, un recueil de nouvelles publié il y a deux ans chez Nestiveqnen, voici que paraît La Sève et le Givre, son premier roman. Le style est très travaillé et l'univers - une féerie puisée aux sources du folklore celtique - riche au possible, de sorte que le résultat, une Fantasy originale et personnelle, s'avère excellent.
Pavillon Rouge
Pour son premier roman, Léa Silhol décide rien de moins que d'adapter le ton des drames shakespeariens à la Fantasy et y parvient brillamment dans La Sève et le Givre.
D-Side n°14
Il faut la poésie d'un barde pour raconter cette histoire, je ne vais pas m'amuser à vous la résumer. D'ailleurs ce serait impossible car l'ambiance particulière de ce roman onirique et merveilleux se prête à la rêverie, et nul ne saurait la dissiper sans dommages. A découvrir, donc, par vous-même. Si vous aimez les délicats chemins de Féerie, nul doute que vous ne regretterez pas le voyage, mais il est à entreprendre seul, et à vos risques et périls.
Ravage n°14
Ceux d'entre vous qui ont déjà succombé aux Contes de la Tisseuse retrouveront ici avec délectation des personnages bien connus. Pour ceux qui n'auraient pas encore exploré les mondes de Léa Silhol, vous pourrez goûter à la poésie douce amère qui caractérise ses écrits. Poétiques, oui, mais pas mièvres. Jamais. Des personnages et des mots à double tranchant, à approcher avec méfiance. Toujours. Un premier roman longtemps attendu. Un petit chef-d'oeuvre fait d'Ombre et de Lumière. Et un indispensable de la Fantasy. Déjà.
Elegy n°24
[...] La Sève et le Givre vous laissera subjugué. Fervente admiratrice de Tanith Lee, Léa Silhol marche déjà à ses côtés par sa richesse d'écriture, son inimitable style baroque. Son univers se dévoile lentement et augure d'autres perles. Vous l'aurez donc compris, La Sève et le Givre est un diamant de glace et de ténèbres, à ne surtout pas manquer.
Faeries n°11
Grâce à son style métaphorique, mystérieux, et particulièrement soutenu, à la limite parfois de l'abstrait, Léa Silhol tisse une galerie de personnages féeriques magiques et redoutables, et un récit qui ne se laisse pas prédire [...].
Asphodale n°2
Oeuvre troublante et délicieusement en-dehors de la production commune et actuelle, c'est un véritable conte de fée que nous livre ici Léa Silhol dans ce premier roman. [...] Sur fond de mythologie écossaise et d'apports personnels... un monde douloureux et sombre comme un coeur d'hiver.
Khimaira n°17
La force principale des récits de Léa Silhol réside dans son style, à la fois sombrement romantique et lumineusement lyrique. Car, à l'image du titre, le roman est tout entier baigné de contrastes entre Ombre et Lumière, entre noir et blanc... sans que les personnages soient pourtant manichéens, ni Finstern dont le destin est "de ne pouvoir jamais être le démon ni l'ange", ni Angharad à la fois douce et cruelle.
Certains lecteurs amateurs de styles plus "directs" et moins imagés éprouveront peut-être des difficultés à entrer dans l'histoire - comme d'autres n'ont pas apprécié les superbes Rêveries de Fabrice Colin dans son Winterheim. C'est cependant peu probable, car la narration est rythmée, limpide, poétique sans être emphatique, bref, beaucoup plus fluide et agréable que celle de Tolkien par exemple.
Ainsi, La Sève et le Givre est un nouveau conte magique qui séduira tous ceux qui ont précédemment apprécié les nouvelles et les anthologies de la tisseuse Léa Silhol.
nooSFere.com
Les livres à ne pas manquer...
Anthologiste de figure de proue des éditions de l'Oxymore, Léa Silhol possède deux casquettes. La première, celle de directrice de collection, l'amène à nous livrer régulièrement quelques bonheurs avec des anthologies comme Lilith et ses soeurs, Traverses, Ainsi soit l'Ange. Elle possède un goût sûr pour choisir les nouvelles, d'autant plus sûr qu'elle écrit elle-même. On a pu la lire chez Nestiveqnen et dans plusieurs anthologies. Aujourd'hui elle publie aux éditions de l'Oxymore son premier roman de Fantasy : La Sève et le Givre. A découvrir.
85e dimension
Longtemps j'ai cherché un livre qui me donnerait un sentiment d'évasion et de découverte, autre que mes éternels livres de contes. Longtemps j'ai fouillé les librairies pour enfin trouver, cette histoire qui manquait tant à ma bibliothèque... longtemps j'ai cherché... et j'ai trouvé... une écriture limpide et imagée... des proses et des phrases qui font réfléchir, ouvrent les yeux.
La Sève et le Givre est pour moi bien plus qu'un livre. C'est un trésor... un trésor contenant un nombre incalculable de pierres fines aux teintes sombres et de perles nacrées, un trésor à faire pâlir de jalousie les voleurs d'Ali Baba.
Léa Silhol a su, par sa plume lélgère, me mener dans un long voyage au pays de la nuit et du jour, du noir et du blanc... illuminant la partie Fantasy de mon âme, permettant, enfin, à mon esprit de s'évader, loin, très loin, tel un léger voile qui s'envole, poussé par le vent de l'hiver... ou peut-être celui du printemps ?
Maria, décembre 2003
En cherchant à faire un commentaire sur ma lecture de La Sève et le Givre, j'ai tenté de faire ressortir ce qui m'avait marquée en ce livre (et ce n'était pas chose aisée, tant il est à la fois complexe, et pourtant aussi simple et inéluctable que le courant des sombres fleuves de Dorcha.
Sa trame coule sur le bord des destinées changeantes. Ce qui m'a le plus marquée, donc, était le talent avec lequel Léa Silhol faisait vibrer les mots, de sorte que nous pouvons presque sentir la force du monde de la féerie pulser sous nos doigts.
L'histoire, qui est tant histoire que mythe, légende, conte et poésie, nous décrit un monde moins terne que celui des humains, un monde magique et majestueux.
Ciselé dans une poésie à la fois personnelle et féminine qui semble propre à Léa Silhol, le livre, à travers un Vertigen envoûtant, nous transporte aux côtés d'Azeleen, de Finstern et de son fils, dans le monde de Titania et d'Obéron, où les forces d'Obscurité et de Clarté sont en ajustement constant.
Au final, la phrase de ce livre qui l'exprime le mieux est, à mes yeux, celle-ci :
"Et la beauté tient lieu de logique à la Féerie, une beauté qui ne souffre pas d'exclusion."
Il semblerait que ce soit cette même beauté qui soit la logique du livre...
Loki, mars 2004
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