- La Tisseuse -
Contes de Fées, Contes de Failles

Léa Silhol - recueil - 2004


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"L'homme se leva et s'avança jusqu'à se tenir au bord du précipice avec elle. Et parce qu'elle le voulait, il vit les fils. Il les vit là où ils étaient : il les vit en toutes choses. Tramant l'eau des rivières, tendant leurs mailles dans le ciel, parcourant, tel un squelette supplémentaire, le corps des créatures vivantes, hommes et bêtes, arbres et roches. Partout. Chatoyants, moirés, forts et intangibles, sous-tendant toute vie, tour à tour soutenant et abattant tout ce qui connaissait mouvement et intention. Un réseau ininterrompu, et qui ne se trouvait pas plus, et pas moins, en ce lieu avec eux que dans n'importe quel autre endroit du monde.
- Alors, dit-il, c'est cela.
- Oui, c'est cela. Que croyais-tu que ce serait d'autre ?
- On te dit tisseuse, aussi t'avais-je imaginée penchée sur un ouvrage, un métier, une broderie. Jouant de l'aiguille et des ciseaux.
Elle le contempla avec la plus grande des perplexités.
- Mais... comment ? Comme si le destin des hommes était une tapisserie que l'on peut tenir sur ses genoux ?
Il pinça les lèvres, retenant un rire que seul trahissait un pétillement dans ses yeux.
- Voilà
- Mais, reprit Moera d'un ton sérieux, aucune tapisserie ne serait assez vaste pour contenir le destin du monde. Ma "tapisserie", mon ouvrage, cela a toujoursété le monde."

Extrait de la novella "Le Vent dans l'Ouvroir", dernier texte du recueil




A la fin de l'année 2000 paraissaient les Contes de la Tisseuse : Cinq Saisons et un Elément qui allaient faire découvrir pour la première fois au public francophone sous forme de recueil, le talent littéraire de Léa Silhol appliqué à la littérature de Fantasy.
DansLa Tisseuse : Contes de Fées, Contes de Failles, c'est la version révisée et corrigée de ce premier recueil qu'on retrouvera, avec une émotion d'autant plus grande que l'ouvrage est ici servi par une mise en forme et une mise en image proprement superbes.

Le livre est décliné en deux éditions, une édition "classique" ou regular sous une superbe couverture de Jean-Sébastien Rossbach et une édition de collection ou fission sous une couverture de Christopher Shy (ce dernier est par ailleurs un des illustrateurs aimés de Léa Silhol : on lui doit la couverture et l'illustration intérieure du recueil Conversations avec la Mort , ainsi que la couverture de l'anthologie Traverses.)

On retrouvera ici l'architecture adoptée pour la première version du recueil : les nouvelles sont articulées par groupes de trois sous l'égide de quatre saisons, et chacune correspond à une forme aquatique (depuis la buée, qui introduit le recueil, au Miroir qui le clôture, en passant par la mer, l'encre ou l'eau régale.) Les trois textes qui composaient la "fin" initiale du recueil, sous l'égide du Temps, ont été remplacés par une novella inédite, "Le Vent dans l'Ouvroir", sous le signe de l'Eternité. Le visage de l'ensemble du recueil s'en trouve changé, comme sous l'effet d'un éclairage nouveau. La préface de Léa Silhol, "Comme un Director's Cut", en dira d'ailleurs long sur la génèse de cette nouvelle mouture de La Tisseuse, avec la sincérité et la lucidité sur son travail qu'on avait déjà pu trouver dans "Fins de siècle", la postface de Conversations avec la Mort.

En suivant la piste tracée par Léa Silhol pour son lecteur, on chemine dans La Tisseuse comme dans un véritable parcours initiatique. Il y est question de l'affirmation de soi, des émotions qui nous altèrent et nous creusent, nous révélant souvent à nous-mêmes, et de ces rencontres qui nous changent à jamais. A l'image du travail de l'eau lorsqu'elle érode la pierre, l'élément aquatique est ici vecteur de métamorphose : métamorphose des humains en surhumains (par la grandeur de leurs choix ou la valeur de leur "âme"), des dieux ou des fées immortelles en personnalités soudain accessibles (par la force de leurs émotions ou de celles qu'elles engendrent), des monstres en hommes (par la profondeur de leurs sentiments) ou des hommes en monstres (par l'horreur de leurs actes). Ce recueil finalement parle d'accomplissement, sous les formes plus ou moins obscures que celui-ci peut comporter. Le tout servi par la plume magistrale de l'auteure, et dans cet univers de Fantasy tout à fait atypique qui est le sien, qui démontre une fois encore que la Fantasy peut véritablement être une grande littérature.

A noter qu'on trouvera dans La Tisseuse plusieurs textes directement liés à d'autres oeuvres de Léa Silhol : comme "A l'Image de la Nuit " (dont le propos se situe historiquement avant La Sève et le Givre, et éclaire les motifs de la rancune de Clotho, et de sa prédiction vindicative à l'égard de Finstern) et " Frost", où l'on verra apparaître un autre des personnages de La Sève. De même, "En Tissant la Trame" a présenté pour la première fois (en terme de date d'écriture des textes) les trois Parques agissant de concert (Clotho, Lachésis et Atropos, telles qu'elles aparaissent dans l'univers silholien, avec notamment les attributs physiques qui leurs sont propres.) Enfin, "Le Vent dans l'Ouvroir>" se rattache de façon saisissante à l'univers de Vertigen, posant qui plus est de nouveaux ponts entre Vertigen et les univers de Fantasy "grecque" de Léa Silhol.


Textes du sommaire : Quelque chose de Fragile, La Gorgone Enfant, Un Miroir de Galets, Les Promesses du Fleuve, Couleurs d'Automne, En Tissant la Trame, A l'Ombre des Ifs Foudroyés, Le Coeur de l'Hiver, Frost, La Loi du Flocon, Le Lys Noir, Runaway Train, A l'Image de la Nuit, Le Vent dans l'Ouvroir.


Voir à ces différents textes.


A consulter impérativement : la fiche consacrée sur ce recueil sur le site officiel de Léa Silhol, avec le sommaire détaillé, les scans de couverture et dernière de couverture, les remerciements, intentions, et covers story.




Commentaires de presse (extraits)

(Voir aussi : Revue de Presse)


"Lorsqu'on plonge dans les récits de Léa Silhol, il faut s'attendre à se noyer dans des histoires puissantes, poignantes, dont les racines nous emmènent toujours au fin fond de nous-mêmes, faisant résonner des cordes parfois oubliées. C'est parfois même à se demander si elle ne fut pas elle-même la muse des premiers conteurs qui narrèrent ces histoires il y a de cela fort longtemps.
On ne parle pas ici de simples histoires de fantasy ou de fantastique, mais de délectables mélanges, délicieux à savourer. Puisant dans le théâtre et la poésie, le conte et la nouvelle, la tête nous tourne de contentement en parcourant les lignes de cet ouvrage.

Pour ceux qui connaissaient déjà Léa Silhol, et peut-être même la première édition parue aux éditions Nestiveqnen, ce livre ne peut être qu'un délice de plus. Pour les autres, il est une bonne entrée en matière pour découvrir l'univers de cet auteur qui ne peut laisser indifférent."

Les Chroniques de l'Imaginaire


"Ce recueil est plus qu'une simple édition augmentée des Contes de la Tisseuse (éd. Nestiveqnen). Léa Silhol a fait de ce livre l'objet de toute beauté dont elle rêvait. Deux éditions alternatives, deux couvertures signées Jean-Sébastien Rossbach ou Christopher Shy, six illustrations intérieures de Dorian Machecourt, c'est un véritable livre d'Art [...]"

Mauvais Genres


"Léa Silhol nous prouve encore une fois, après son roman La Sève et le Givre et son recueil Conversation avec la Mort, qu'elle est une conteuse hors pair, et un talent majeur des littératures de l'imaginaire d'aujourd'hui et de demain."

Le Fantastique.net




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